Viellot le ministère de l’Éducation?

 

La PRESSE 14 octobre 205image

lMercredi dernier, La Presse titre en première page que le Ministre de l’éducation « Écorche son ministère » qu’il aurait traité de « vieillot » et dont les fonctionnaires « travaillent très peu avec les résultats de la recherche ». En ce qui concerne l’enseignement de la lecture ces affirmations font figure d’euphémisme.

NRP

Il y a déjà 15 ans que le rapport du National Reading Panel(NRP) a démontré que l’un des (cinq) piliers d’un enseignement efficace de la lecture est l’enseignement explicite et systématique des correspondances graphème-phonème(CGP).*

La même année, en 2000, le programme du renouveau n’intègre pas cette donnée pour l’enseignement de la lecture. Non pas qu’on les aurait ignorées puisque le rapport du NRP se base sur des recherches effectuées depuis trentePROG, 2000 années. Non, les responsables de l’élaboration du programme ont choisi de reconduire une approche datant des années 1980. Cette approche avance qu’on peut reconnaître les mots visuellement sans connaître les CGP (introduisant les fameux « mots-étiquettes »). Ainsi, déjà il y a 15 ans, le ministère était loin des données de la recherche. Ironiquement, les chercheurs qui ont critiqué ce choix et insisté pour qu’on tienne compte de la recherche ont été considérés comme « résistants au changement », passéistes…

En 2007, après tous les remous causés par le Renouveau, la ministre Courchesne revient sur l’enseignement du français, ce qui mène à la publication, en 2009, de la «Progression des apprentissages en français ». Ce document de 81 pages, n’en consacre que dix à la lecture, sans mentionner l’enseignement explicite des CGP. Ces dernières ne sont citées que comme une « stratégie de reconnaissance des mots » parmi d’autres.

En 2009, à la demandes des syndicats d’enseignants qui s’inquiètent du manque de considération pour la recherche dans le programme, la ministre Beauchamp organise une rencontre avec des chercheurs sur l’enseignement de la lecture. Cette rencontre est demeurée sans suite après le départ de la ministre.

Ainsi, quinze ans après le rapport du NRP et la sortie du dernier programme ministériel, il n’existe, au Québec, aucune méthode complète éditée pour enseigner selon les données établies par la recherche. Les enseignants qui veulent le faire sont laissés à eux-même, utilisent du matériel dit « complémentaire » ( ne peut être approuvé par le Ministère) ou produisent leur propre matériel maison.

Le ministre s’est excusé par la suite d’avoir dit tout haut ce qu’il pense probablement comme sans doute plusieurs de ses prédécesseurs. Une telle sortie ne fera pas changer les choses mais elle est peut-être un indice que bon nombre de personnes souhaitent que les fonctionnaires qui sont responsables d’élaborer les programmes et les directives en éducation soient à l’avant garde de ce qui se fait de mieux dans le domaine.

* Qu’est-ce que l’enseignement explicite et systématique des CGP et comment le reconnaître dans un manuel? Ce sera l’objet du prochain billet.

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