Le but du modèle RàI n’est pas de prévenir les difficultés d’apprentissage

entete

La réponse à l’intervention et le trouble du langage

Un article paru dans le bulletin RIRE du CETREQ, porte sur le modèle RàI en lien avec l’orthophonie. J’ai réagi à cet article parce que. pour moi, la caractéristique la plus intéressante de ce modèle est d’être relié à l’enseignement plutôt qu’avec le traitement ou même la prévention de difficultés.                        RàI et trouble du langage

Le but du modèle de Réponse à l’intervention (RàI) est de s’assurer qu’on enseigne de façon efficace plutôt que d’invoquer des causes psychologiques ou neurologiques pour expliquer des difficultés d’apprentissage.

Même si le modèle RàI est né dans le domaine de difficultés d’apprentissage, son premier intérêt est d’être un modèle pédagogique ou didactique et non psychologique. Les recherches à son origine portaient sur l’apprentissage de l’écrit. Elles affirment que celui-ci, contrairement à l’apprentissage du langage parlé, n’est pas « naturel ». Une difficulté de lecture ou même l’incapacité à lire sont donc à relier à l’intervention effectuée, c’est-à-dire à l’enseignement.

L’enseignement et apprentissage « naturel » de la lecture

Un enfant de cinq ans ou même de dix ans qui n’est jamais allé à l’école ne saura pas lire et c’est tout à fait naturel, il ne présente aucun « trouble ».

Au début du XXe siècle, on a adopté des approches naturalistes de l’apprentissage de l’écrit: on apprend à lire comme on apprend à parler; on insiste alors sur l’environnement naturel et la la motivation à lire par le contact avec des textes signifiants.  Parallèlement, on assiste à une « psychologisation » de l’apprentissage. Les tests dits de quotient intellectuel prétendaient prédire le succès ou l’échec en lecture en fonction d’un « potentiel » qu’ils devaient mesurer. Un écart entre le potentiel mesuré et le résultat obtenu indiquait un problème spécifique de lecture, une dyslexie. Du même coup, un échec relié à un faible potentiel dédouanait l’école, un peu comme il est mentionné pour les difficultés de langage dans l’article. Par la suite, on a élargi l’explication de l’échec à des causes familiales et sociales selon lesquelles certains enfants ne seraient pas assez stimulés.

Des recherches menées à partir des années 1980, entre autres celles de Keith Stanovtich, ont complètement changé cette perspective, en particulier en démontrant l’absence de corrélation entre le QI et l’apprentissage de la lecture. Ces recherches ont mené dans un premier temps à la mise en évidence de la conscience phonologique qui se développe avec l’apprentissage des lettres de l’alphabet. Par la suite une énorme quantité de recherches ont porté sur les dimensions les plus probantes de l’enseignement de la lecture comme il est rapporté par le National Reading Panel, en 2000.  Ainsi, aujourd’hui, il y a un consensus dans la recherche sur ce que doit être une enseignement efficace de la lecture.

Le modèle RàI et l’enseignement efficace

Ainsi le modèle RàI affirme-t-il qu’un enseignement efficace permet à 80% des enfants d’apprendre à lire. De plus, en intensifiant ce même enseignement efficace pour les enfants qui n’ont pas « répondu » dans un premier temps, on peut encore aller chercher 15% des enfants, tout en restant dans la classe et sans se préoccuper de classifications en terme de troubles divers. Ce n’est qu’après une période conséquente d’une telle intervention intensive qu’on peut commencer à questionner un « trouble » potentiel.

Trois précisions s’imposent pour que le modèle demeure un modèle pédagogique:

  • Si un enseignement donné ne permet pas à 80% des élèves d’apprendre à lire comme prévu à la première étape, il faut alors questionner l’enseignement et non les élèves.
  • Pour savoir si les résultats sont à la hauteur des attentes, il faut que celles-ci soient précisées dès le départ au moyen d’une progression explicite.
  • Pour juger de la réponse à l’intervention, il est nécessaire de procéder avec des outils standardisés. Les outils doivent être élaborés en fonction de l’enseignement offert et de la progression prévue et non pas pour mesurer un « potentiel » abstrait.

Est-ce que ce modèle peut s’appliquer au langage oral? Peut-être, dans la mesure où on l’enseignement de l’oral est prévu dans les programmes. Mais il faut se garder de revenir à une perspective « curative » et donc ne pas mettre l’accent sur la prévention de troubles anticipés.

Le modèle de réponse à l’intervention est un outil puissant pour rediriger l’attention sur l’enseignement, il ne serait pas pertinent de le faire servir à toutes les sauces. Le modèle RàI constitue une approche de prévention primaire qui consiste à promouvoir la situation désirée, c’est à dire: que tous les élèves deviennent lecteurs.

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