Une définition

La littératie comme compétence sociale

Il y a 30 ans à peine, on jugeait de l’alphabétisation des pays sur la base du nombre d’années de scolarité complétées par les citoyens. Les pays industrialisés, comme le Canada, se situaient à près de 100 % d’alphabétisation. Mais les changements survenus dans le monde du travail et des communications ont rendu l’information écrite de plus en plus complexe; par conséquent, de plus en plus de citoyens peinaient à comprendre les documents nécessaires à leur travail et aux affaires courantes. C’est alors qu’a émergé l’idée de « compétence informationnelle », puis qu’a été choisi le terme « littératie » pour représenter les compétences d’une personne qui est en mesure de :

  • reconnaitre un besoin d’information;
  • trouver cette information;
  • la décoder;
  • la réorganiser ou la reformuler si nécessaire;
  • et la transmettre.

Parallèlement à cette réflexion, des organismes internationaux comme l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) et l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’éducation) ont commencé à développer des outils pour mesurer directement les compétences à l’écrit dans la vie quotidienne et au travail. La dernière définition de la littératie selon l’OCDE inclut la capacité d’utiliser la langue écrite dans sa dimension chiffrée (que l’on nomme aussi « numératie ») et l’usage de l’écrit à travers les médias électroniques. La définition de la littératie de l’OCDE en 2013 :

« L’intérêt, l’attitude et la capacité des individus à utiliser les outils socioculturels incluant les technologies d’information et de communication pour accéder, gérer, intégrer et évaluer l’information, pour construire des nouveaux savoirs et pour communiquer avec les autres afin de participer de façon efficace à la vie en société.»

On peut donc dire que la littératie concerne la possibilité de mener pleinement sa vie de citoyen dans une culture de l’écrit. Et c’est l’école qui fournit les outils pour y arriver.

La littératie se construit par l’éducation

Le concept de littératie situe la maitrise de l’écrit dans une perspective sociale et culturelle, mais il ne faut pas oublier que l’écrit s’enseigne et s’apprend, ce qui constitue le coeur de la mission de l’école. C’est donc la réflexion sur l’enseignement et l’apprentissage de l’écrit qui doit être nourrie par la définition de la littératie.

Lorsque des enquêtes internationales sur la littératie révèlent un déficit dans les compétences, on sait que c’est, en bonne partie, parce que les exigences de la société et du marché du travail se sont grandement accrues. On peut donc se demander si nos pratiques éducatives ont évolué en concordance avec cet essor. Or les connaissances issues des recherches sur l’enseignement de la langue écrite ont fait des pas de géant ces dernières décennies. Le système d’éducation en a-t-il suffisamment tenu compte ?

Le rapport du National Reading Panel (NRP) en 2000 marque un consensus dans le domaine de la lecture par les éléments qui sont ressortis de sa méta-analyse. Son titre – Teaching Children to Read – nous rappelle encore qu’il faut enseigner la lecture. Pour nourrir notre réflexion sur la littératie et sur la manière d’y contribuer en éducation, il faut revenir aux éléments fondamentaux de ce rapport.

Les cinq piliers de l’enseignement de la lecture selon le rapport du NRP

Conscience phonémique Pour apprendre à lire, l’enfant a besoin de pouvoir manipuler les unités de base de la langue orale, c’est-à-dire les phonèmes.
Principe alphabétique et correspondances graphème – phonème Dans une langue alphabétique, les lettres correspondent (individuellement ou par groupe) aux unités de base de l’oral que sont les phonèmes; le lecteur débutant doit donc maitriser ces correspondances pour identifier les mots écrits.
Fluidité de lecture Les processus d’identification des mots doivent être appris au point où ils s’automatisent et deviennent inconscients, ce qui permet à l’attention de se porter sur la compréhension d’unités plus larges que les mots : phrase, paragraphe, texte.
Vocabulaire Le vocabulaire doit être enseigné de deux façons : apprendre de nouveaux mots et apprendre des stratégies pour découvrir la signification des nouveaux mots en lisant.
Compréhension Quelle que soit l’étape de l’apprentissage de la lecture ou l’aspect sur lequel porte l’enseignement à un moment donné, la compréhension doit toujours être le but de la lecture. Le rapport du NRP met en lumière la nécessité d’enseigner de façon explicite des stratégies de compréhension de texte de haut niveau. Six de ces stratégies on fait leurs preuves selon les recherches recensées alors.

La lecture a sa place dans toutes les disciplines

L’enseignement de la lecture dans une classe de français devrait donc porter sur ces cinq dimensions de façon interactive. Pour les autres disciplines, on insistera surtout sur les deux derniers piliers, vocabulaire et compréhension de texte.

Le vocabulaire. Chaque discipline scolaire comporte son propre vocabulaire, ses propres concepts. Parfois ces derniers sont des mots utilisés dans le langage courant mais prennent un sens particulier dans une discipline donnée. L’enseignement des disciplines inclut l’enseignement de ces concepts, ce qui améliore la compétence en lecture des élèves. Enseigner le vocabulaire dans toutes les disciplines est donc enseigner la lecture dans une de ses dimensions les plus importantes.

La compréhension de texte. La compréhension découle entre autres de l’intention qui préside à l’activité de lecture. Chaque discipline scolaire a ses propres intentions : lire pour résoudre un problème mathématique, lire pour comprendre une époque historique ou simplement pour apprendre un nouveau concept. Toutes ces intentions contribuent au développement de la compétence en lecture, car l’enseignant qui explique l’intention de lecture dans une activité spécifique à sa matière se trouve ainsi à enseigner la lecture.

Selon l’analyse du National Reading Panel, il est démontré que l’enseignement explicite de certaines stratégies de lecture est utile à la compréhension. Cependant, pour être efficace, cet enseignement doit se faire dans le cadre d’un véritable problème de compréhension, quelle que soit la discipline. Les outils et le vocabulaire de la discipline tout autant que les outils linguistiques peuvent alors être mis à contribution pour appliquer de telles stratégies.

Une définition de la littératie pour l’éducation

À partir de la définition de l’OCDE et en tenant compte de la mission spécifique de l’école, je propose une définition de la littératie en éducation:

La littératie est au coeur de la mission éducative de l’école, qui est de développer l’intérêt pour le monde de la culture et des idées ainsi qu’une attitude positive envers le savoir. À l’école, la capacité à utiliser les outils socioculturels se développe par l’enseignement de la langue écrite — l’outil de base —, ainsi que du langage mathématique, des langages artistiques, du vocabulaire et des méthodes de toutes les disciplines académiques, incluant les technologies d’information et de communication. La participation à la vie en société est partie intégrante de la littératie; elle se construit donc autour de l’école, en collaboration avec la famille et la communauté.

 

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s